La plus grande peur de ma vie
17 au 24 mars
Je n'ai que 15 ans. Mais déjà j'estime il n'y a rien de plus terrifiant que de risquer de perdre un être cher. Ma sœur, Tara Budgell, avait 11 ans lorsqu'elle a contracté la méningite à méningocoque. Je n'oublierai jamais cela. J'ai eu la plus grande peur de ma vie.
J'étais chez une amie. Mes parents avaient été invités à souper chez leurs amis, qui habitaient à une heure de route. Je ne voulais pas les accompagner. Mais je n'avais pas le choix. Dans la voiture, ma sœur s'est plainte d'un mal de tête. Elle n'est pas du genre à se plaindre. Comme elle nous a dit que ce n'était qu'un mal de tête, on n'en a pas fait le cas. Le trajet en auto a été long. À l'arrière se trouvaient les trois enfants et ma sœur Tara qui avait mal à la tête. Mon frère, qui avait 12 ans à cette époque-là, n'arrêtait pas de se chamailler avec elle. Le moindre petit bruit l'agaçait. On est finalement arrivé pour souper. Ma sœur n'a rien mangé, comme d'habitude. Ce n'est pas une grosse mangeuse. Ma mère lui a donné un peu de TylenolMC et elle est montée se coucher. Elle s'est réveillée environ une heure plus tard et a vomi.
C'était étrange. On pensait tous qu'elle avait peut-être une sorte de grippe intestinale. Le temps est devenu orageux. Les amis de mes parents ont insisté pour qu'on reste pour la nuit. Mais comme ma sœur était malade et il n'y avait pas d'hôpital dans les environs, mon père a décliné l'invitation. On est donc rentré à la maison. Pendant tout le trajet du retour, ma sœur est restée sur mes genoux.
Une heure plus tard, elle est montée dirrectement se coucher et on l'a plus entendue.
Moins d'une heure plus tard, ma mère est allée se coucher. Mon frère et mon père regardaient la télévision et j'étais assise à l'ordinateur. Ma sœur et moi partageons une chambre. J'avais l'intention d'aller me coucher dans environ une heure. Tout à coup, ma mère s'est levée. Elle nous a dit que c'était à cause de son instinct maternel. Elle est allée voir Tara et l'a trouvée prise de convulsions. Elle a crié après mon père, qui a appelé tout de suite l'ambulance. C'était tellement terrifiant. Ma mère nous a demandé de la tenir droite et de ne pas la laisser couchée. Jamais je n'ai eu si peur.
Je lui ai donné un ourson. Elle ne parlait pas. L'ambulance est arrivée au bout d'une vingtaine de minutes. On a pris ses signes vitaux. Elle n'avait conscience de rien. J'étais en larmes. L'ambulance a filé à toute vitesse à l'hôpital. On l'a suivie de près, mon père, mon frère et moi. Mon père a téléphoné les amis chez qui on avait soupé; ils sont arrivés à l'hôpital à peu près en même temps que nous. On l'a amenée aussitôt. Cela nous a paru des heures avant qu'un médecin n'arrive dans la salle de recueillement. C'est alors qu'il a annoné quelque chose de terrifiant à ma mère :
« On pense qu'elle a peut-être contracté une ménigite ».
La nouvelle a été particulièrement terrifiante pour elle, qui avait été témoin de la mort d'un voisin pendant sa jeunesse. J'avais déjà entendu parler de cette maladie mais pas assez pour savoir de quoi il s'agissait. On est entré voir ma sœur. Elle ne répondait aux nombreuses personnes qui étaient autour d'elle. Elle m'a dit quelque chose que je n'ai pas saisi. Elle a aussi dit quelque chose à l'amie de ma mère. C'était effrayant de la voir comme cela reliée à toutes sortes de machines.
On est resté longtemps à l'hôpital. C'était horrible. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Allait-elle guérir ? Allait-on l'opérée ? Elle allait subir toutes sortes de test. Je ne sais pas quoi au juste. Peut-être une ponction lombaire. Mais je ne suis pas sûre. Je me souviens que cette nuit-là, on est rentré à la maison sans ma mère.
On devait rentrer à la maison, nous reposer et ramasser quelques effets personnels pour ma mère et ma sœur. On nous dit que ma sœur allait rester un certain temps à l'hôpital. Je suis rentrée à la maison et j'ai prié. J'avais tellement peur ! On est retourné à l'hôpital et on nous a dit qu'elle avait une méningite.
Ma mère était abattue. Elle avait si peur, elle aussi. On ignorait tous ce qui allait se passer. Je me souviens de l'avoir vue à l'hôpital plusieurs jours plus tard. Je ne la reconnaissais plus. Elle était malade, c'est vrai. Mais elle avait quelque chose de plus. On avait tous peur. Cela m'a crevé le cœur de la voir comme cela. Elle était tellement petite.
Ma sœur est restée à l'hôpital huit jours, les huit pires jours de ma vie ! Mais elle s'en est bien tirée. Aujourd'hui, elle est en bonne santé et magnifique. C'est la meilleure petite sœur du monde. Nos prières ont été exaucées. À onze ans, Tara a survécu à une méningite. Elle s'en est sortie indemne. Elle est vraiment un ange descendu du ciel :)
J'ai décidé de partager mon histoire parce que parfois, la vie nous semble quelque chose de tout naturel. Mais n'oubliez pas que c'est un bien précieux. Protégez-la.
Tiffany Budgell