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SUZANNA LYNN JURISICH

20 septembre 1975 - 18 mars 1999

Voilà maintenant sept longues années que notre fille Suzanna nous a quittés. Encore aujourd'hui, j'essaie d'accepter ma douleur et de vivre sans elle. J'ai vécu les pires moments de ma vie. Ce n'est qu'aujourd'hui que je me sens capable de raconter cette histoire. Je garde encore beaucoup de ressentiment contre le médecin, parce que tout cela ne serait pas arrivé. Mais il faut que je me résigne à vivre avec cela pour le reste de ma vie. Il n'est pas facile de vivre quotidiennement avec le sentiment de culpabilité.
 
En décembre 1997, il y a eu une flambée de méningite dans la région de Kitchener/Waterloo. On a appris le décès d'une fille de 19 ans.  Ma nièce connaissait la victime qui avait fréquenté la même école de danse qu'elle. Les parents étaient pris de panique et se ruaient pour faire vacciner leurs enfants. La collectivité médicale essayait de calmer tout le monde. Je me souviens que les parents étaient tellement indignés qu'on a fini par ouvrir les gymnases des écoles pour y vacciner systématiquement tous les enfants de la région. À cette époque, j'habitais la région de Kitchener. Toute ma famille l'habite encore. Ma sœur m'a recommandé de faire vacciner ma fille et mon fils. Ma fille était du même âge que la victime. Nous vivions à Mississauga. J'ai consulté mon généraliste pour lui demander si je devais faire vacciner mes enfants contre la méningite. Celui-ci m'a répondu que les cas de méningite étaient très rares, que la fréquence de cette maladie était d'un cas sur un million, que je m'alarmais pour rien et que je ne devais plus y penser (MON MARI NE M'A JAMAIS PARDONNÉE POUR CELA)
 
Ma fille Suzanna était sur le point d'obtenir son diplôme en éducation spécialisée et de travailler auprès d'enfants spéciaux. Elle était aussi belle à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le 11 mars 1999, elle devait remettre son dernier travail avant d'obtenir son diplôme en juin, cette même année. Elle était tellement heureuse. Elle a quitté la maison en dansant. Voici les dernières paroles qu'elle nous a adressées, son frère et moi : « C'est ce soir que je commence ma nouvelle vie ».  Ces paroles me hanteront toujours. À ce moment-là, je savais que cela signifiait qu'elle avait terminé ses études et qu'enfin, elle allait faire ce qu'elle adorait : travailler auprès des enfants. Mais maintenant, cela a un double sens.
 
Ce soir-là, elle est rentrée tôt à la maison, après une fête avec quelques amis. Elle ne sentait pas bien.  Je lui ai dit de se déshabiller et de se mettre au lit. J'allais lui apporter du thé. Quand je suis montée dans sa chambre, je l'ai trouvée en boule, dans son lit. Elle avait des douleurs intenses à la nuque, avait le côté gauche du visage engourdi, des douleurs dans le bas de dos et aux genoux et très envie de vomir. J'ai décidé de ne pas attendre au lendemain pour consulter un médecin. Mon mari et moi l'avons amenée d'urgence au Credit Valley Hospital.  La salle d'attente était vide à notre arrivée. J'ai dit à ma fille que c'était sa nuit chanceuse et qu'elle n'attendrait pas longtemps avant qu'un médecin ne s'occupe d'elle. En fait, on l'a emmenée dans une salle et l'a fait coucher sur une civière au bout de 10 minutes. Une infirmière lui a posé quelques questions d'ordre général et très peu de temps après, un médecin est entré pour l'examiner. 
 
Le temps qu'on explique au médecin ses douleurs, sa lèvre inférieure est devenue toute bleue et enflée. Le médecin nous a demandé si Suzanne s'était mordu la lèvre. On lui a répondu que cela venait tout juste d'apparaître. De toute évidence, notre fille était malade. Le médecin a ordonné une prise de sang et une analyse d'urine. Il nous a dit que son abdomen était très sensible, qu'on allait la garder pour la nuit et lui ferait subir un examen par ultra-sons le lendemain matin. On lui a administré DemerolMC
pour soulager ses douleurs et quelque chose d'autre pour réduire ses nausées. On m'a dit que j'étais une mère qui s'en faisait trop et qu'elle irait mieux le lendemain. Au cours de la nuit, elle est devenue brûlante de fièvre et presque incapable de parler. On a essayé d'attirer l'attention du personnel infirmier mais tout le monde était très occupé. C'était le changement de quart.  On nous a dit qu'elle allait bientôt subir un examen par ultrasons. Au fond de moi-même, je savais que son état était plus grave que celui qu'on nous présentait. Mais personne ne voulait m'écouter. Même si ma fille a vomissait et avait une grave diarrhée, personne n'avait le temps de s'en occuper.
 
Lorsque le moment de l'examen par ultrasons est arrivé, on nous a fait attendre. Après l'examen, le médecin est sorti de la salle et nous a dit qu'il n'y avait rien d'anormal mais qu'il se pouvait qu'on lui fasse subir d'autres examens. Quelques minutes plus tard, Suzanna est sortie de la salle d'examen. Elle avait les mains et le visage couverts d'ecchymoses bleues et était enflée. Mon mari a couru après le médecin pour lui demander d'examiner de nouveau notre fille. Le médecin est revenu et après avoir revu Suzanna, il a tout de suite ordonné au personnel infirmier de l'amener d'urgence ailleurs. On s'est mis à courir derrière lui pour le rattraper. On nous a demandé d'attendre à l'extérieur, quelqu'un allait venir pour nous parler. Peu de temps après, un médecin est sorti de la salle pour nous dire Suzanna avait contracté la forme de méningite la plus grave et que son état était critique. Mais, heureusement, il y avait à l'hôpital le meilleur spécialiste des maladies infectieuses. Celui-ci allait s'occuper d'elle. 
 
On l'a transportée d'urgence à l'unité des soins intensifs où on a commencé à lui administrer des doses massives d'antibiotiques. Mais malheureusement, ce traitement n'a pas eu d'effet. La maladie avait déjà atteint ses organes et son sang. Son état avait dégénéré en septicémie. Je la reconnaissais à peine. Au bout de quelques heures, ma belle Suzanna est décédée d'un arrêt cardiaque. C'est ainsi que mon cauchemar a commencé. Ma fille avait contracté une méningite causée par le méningocoque C et une septicémie.  Elle a été le cas sur un million.
 
Encore aujourd'hui, je me demande pourquoi mon médecin n'a pas vacciné ma fille contre la méningite en me faisant croire que cela n'était pas nécessaire et pourquoi à l'hôpital, le personnel médical n'ont pas reconnu ses symptômes. Elle n'a pas eu de chance. Elle nous manque beaucoup, son frère, son père, toute sa famille, tous ses amis et moi. Chaque automne et chaque printemps, je trouve de grandes annonces publicitaires à l'intention des parents pour les inciter à faire vacciner leurs enfants. Je sermonne tout le monde qui veut écouter. Mais combien d'enfants devront mourir avant qu'on comprenne? Ma Suzanna n'a pas été l'une de ceux qui ont eu de la chance. Notre douleur persistera jusqu'à notre mort. Hier, je me suis rendue au cimetière. C'était le 18 mars. Il y a maintenant sept longues années qu'elle nous a quittés.
 
À toi ma Suzanna
Je T'AIME de tout mon cœur et tu me manques énormément
Beverly Jurisich (mère de Suzanna)