Histoire de Michael (Michael’s Story)
La mère de Michael Longo, Kathryn Blain, témoigne.
Au tout début, la méningite peut passer inaperçue. Le jeudi, Michael m’a dit qu’il avait mal au dos. Nous n’en faisons pas cas parce qu’il m’avait aidée à nettoyer le jardin un ou deux jours auparavant. Le vendredi, il ne se sentait pas très bien, mais pas au point de rester à la maison. Ce soir-là, il était invité à une soirée chez un ami.
Le samedi matin, le raz-de-marée frappe.
En se réveillant le matin suivant, Michael ne se sentait pas bien. À l’heure du repas de midi il s’est senti plus mal et au milieu de l’après-midi, il s’est effondré en essayant de se lever. Nous avons alors appelé une ambulance pour le tansporter à l’hôpital. Les médecins ont tout de suite constaté une éruption septicémique. On l’a amené de toute urgence à l’unité de soins intensifs et un traitement a commencé immédiatement. Nous étions désemparés. Comment pouvait-il aller si bien un jour et si mal le jour suivant ? C’est alors que des représentants de l’hôpital nous a appelées, ma fille et moi pour nous dire que Michael était très malade. Ils ont déclaré que ce serait une course contre la montre. Les antibiotiques qu’ils allaient administrer devraient inhiber les bactéries dans l’organisme de Michael. Alors, ils n’ont pu que corroborer nos pires craintes et nous ont annoncé que le pire était à craindre. À partir de ce moment-là, tout est devenu irréel et pour ne pas montrer à Michael que j’avais très peur, je réunis toutes mes forces pour essayer de l’encourager et pour l’assurer qu’il devait lutter très fort. Michael a tendu les bras et m’a tapoté le visage comme s’il voulait m’encourager également. Ce souvenir m’a été si précieux au cours de nombreux moments de désespoir. Quand mes enfants étaient petits et qu’ils étaient fiévreux, je leur mettais une compresse froide sur le front. Cela a fait du bien à Michael et c’était peut être un rappel de l’amour de sa mère. Peu de temps après que l’on ait transporté Michael à l’unité des soiens intensifs, on nous a demandé de ne par communiquer avec lui en raison de ses troubles respiratoires. Peu de temps après cela, on l’a mis sous respirateur. Nous avons attendu que fièvre baisse. Vers 2 heures du matin, les médecins ont décidé de lui faire subir un examen tomodensitométrique cérébral pour savoir si les méninges étaient inflammées. Nous avons été soulagés de constater qu’il n’en était rien. Je ne parviens pas à décrire l’impuissance que ressent un parent quand un enfant est malade. À titre de parent, j’ai toujours eu l’impression que je pourrais faire face à n’importe quelle situation dans laquelle se trouveraient mes enfants. C’était trop fort et je n’étais pas tout à fait sûre que l’équipe médicale qui s’occupait de Michael maîtrise vraiment la situation. Elle faisait certainement de son mieux mais ce n’est pas une maladie courante. Un membre de l’équipe nous a prévenus que Michael souffrirait peut être d’une insuffisance rénale. Je commençais alors à reprendre le dessus et j’étais optimiste en pensant que si Michael avait besoin d’une dialyse, nous pourrions nous en occuper.
À notre demande, le dimanche, Michael a été transporté en avion vers un hôpital de Toronto. Je suis de Toronto et pensais que mon fils devrait être traité dans un établissement de santé de plus grande envergure. Dans la voiture en allant à Toronto avec mon mari (le beau-père de Michael), je continuais à espérer en sachant que le temps était crucial et que Michael présentait réellement des signes d’amélioration quoique minimes. L’équipe à Toronto a continué à surveiller et à faire face à chaque problème. Notre famille s’est alors réunie pour s’encourager et prier. Le lundi après-midi, mon mari m’a rappelé que nous n’avions pas dormi depuis vendredi. Comme l’état de Michael ne semblait pas avoir évolué au cours des toutes dernières heures, nous avons décidé de nous rendre à un hôtel à proximité et de nous reposer. Le père de Michael, sa soeur et sa tante sont restés à l’hôpital. Nous nous sommes couchés à minuit et venions à peine de fermer les yeux quand le téléphone a sonné pour dire que Michael avait eu un arrêt cardiaque. Nous nous sommes précipités vers l’hôpital où une équipe de médecins essayait de ranimer Michael. Ils ont continué pendant une heure. Notre fils luttait pour survivre mais en vain.
Le raz-de-marée s’est retiré en emportant avec lui notre fils et frère, laissant la désolation derrière lui.
J’avais dit quand nous avons appris que Michael ne pourrait pas survivre, que tout devenait irréel, telle serait ma vie pendant plusieurs mois après son décès. Il y a tant de choses à dire sur la perte d’un enfant que l’on ne trouve pas les mots. On peut être veuve si l’on perd son mari et veuf si l’on perd sa femme mais il n’y a pas de mot pour un parent qui perd son enfant parce que cela n’est pas censé arriver.
Quand Michael avait 14 ans, un garçon dans un village à proximité de chez nous avait été emporté par une méningite. J’avais demandé à notre médecin s’il existait un vaccin. Il m’avait répondu qu’il en existait un mais qu’on ne l’utilisait qu’en cas d’urgence épidémiologique. Je n’y ai plus repensé. Ce vaccin aurait pu sauver la vie de Michael. En rentrant de funérailles, un jour, Michael semblait très pensif. Après un instant, il a dit : « Quand je mourrais, je ne veux pas de funérailles traditionnelles ». Pourquoi a-t-il dit cela? Selon toute vraisemblance, c’est lui qui s’occuperait de mon enterrement et pas l’inverse. En fait, son enterrement n’était pas traditionnel. Deux de ses professeurs de l’école secondaire ont monté une vidéo de sa vie avec des photos, des clips vidéo et avec la musique qu’il aimait. Cette célébration était émouvante. Michael travaillait dur, il jouissait de la vie et aimait s’entourer de nombreux amis. Au cours de sa vie, il toujours semblé avoir le don de sagesse.
Je suppose que c’est naturel, mais quand Michael nous a quittés, les événements dont je me souviens qui marquent plusieurs moments de sa vie sont devenus plus importants. À huit ans, il lisait le journal au petit déjeuner, pas uniquement les bandes dessinées ou les sports, mais les nouvelles. Il était toujours si informé sur ce qui se passait dans le monde qu’il avait pris un vif intérêt à la plupart des sujets et il aimait également la diversité des gens. Il aimait avoir du plaisir et appréciait les personnes ayant des origines différentes. Je pense souvent à Michael et me rends compte qu’il est devenu un modèle de comportement pour moi. Un de ses professeurs a fait une remarque « le nec plus ultra dans l’enseignement est quand l’étudiant devient le professeur et vice-versa », ce qui a été le cas avec Michael. C’est ainsi que Michael est devenu mon mentor et et une source formidable d’encouragement pour faire ce que je dois faire.
Au secondaire, les représentants de la ville de Waterloo lui ont demandé de faire partie du conseil d’administration. Celui-ci planifiait l’avenir de la ville et souhaitait s’inspirer de la vision des jeunes esprits créatifs. Michael avait produit une vidéo sur l’environnement, après avoir remporté un prix du Rotary Club. Il le laissait tranquillement sur le comptoir sans en parler beaucoup. Pour Michael, le processus, la création étaient plus importants que le résultat final. Et il adorait faire des choses. Michael était le photographe et le rédacteur en chef du journal de l’école. L’année de sa remise de diplôme, en plus d’un album de finissants sur papier, Michael a produit un album de finissants sur vidéo ainsi qu’une vidéo de la cérémonie de remise des diplômes en utilisant les photos de l’album de finissants et d’autres documents illustrant la vie à l’école secondaire des diplômés de la neuvième année à l’OAC.
On dit qu’une lumière est plus brillante juste avant de griller. Il se peut que dans la vie de Michael, la lumière soit devenue plus brillante parce qu’à un certain niveau, quelque part, d’une façon ou d’une autre, il savait qu’elle ne brillerait pas aussi longtemps que nous le souhaitions tous. Le 9 mai 1995 est une journée que notre famille n’oubliera jamais. S’il vous plaît, que cela n’arrive pas à votre enfant. Immunisez et protégez vos êtres chers. On ne peut pas oublier la perte d’un enfant. C’est une blessure qui ne cicatrise jamais complètement.