Histoire de Loly
Tout cela s'est passé, en 2002, il y a un an déjà.
Mais avant de commencer, je désire remercier tous ceux qui avant moi, ont raconté leur histoire (ou celle d'un parent).
Peu importe les moments d'incertitude et de confusion. Peu importe ceux qui m'ont émue par leurs histoires. Peu peu importe les questions qui sont restées sans réponse. Peu importe le dépit de certains. Peu importe les reproches que d'autres peuvent se faire. Mais que de résignation et de force de caractère chez la majorité.
Il y avait longtemps qu'on avait pris congé. On a décidé d'aller passer la fin de semaine à la mer avec six amis. On a donc pris deux voitures. La nôtre portait un peu mal. Un ami s'est plaint de courbatures et de douleurs au dos en raison d'une hernie discale. Il avait aussi un rhume qui n'en finissait plus. La mer était magnifique. Mais le rhume de notre ami avait dégénéré en grippe (c'est que nous a dit le médecin), sa fièvre a grimpé (jusqu'à presque 40 ºC). Il s'était même évanoui. Nos amis ont insisté pour qu'on reste jusqu'au dimanche. Mais comme notre ami toussait et que sa température montait, on a décidé à 19 heures de quitter.
Le mardi suivant, on a appris que ce même dimanche, pendant la nuit, l'état de notre ami s'était aggravé et qu'on avait dû le transporter au service des urgences de l'hôpital de Madrid. On lui a fait subir des tests. On a diagnostiqué une septicémie et une pneumonie (heureusement qu'on l'avait amené à l'hôpital à temps). Tout était normal.
Le mercredi 20 février, j'ai commencé à me sentir un peu faible, en particulier au supermarché où j'ai l'habitude d'aller. J'ai dit que je ne me sentais pas très bien et que je couvais quelque chose. Dans la soirée, mon état s'est aggravé. J'ai pris ma température. J'avais 37 ºC. (En temps normal, ma température oscille entre 34,5º et 35,5º). J'ai décidé de consulter un médecin de garde. Il m'a exminée. Je lui ai raconté l'histoire de mon ami et lui ai demandé si la septicémie était contagieuse. Il m'a dit que je n'avais pas à m'en faire. Il m'a prescrit du paracétamol
Le jeudi 21, j'étais faible et ma température a grimpé à 38 ºC. J'avais mal à la tête et à la nuque. J'ai appelé le médecin. Lorsqu'il est arrivé, je ne lui pas glissé mot de la septicémie de mon ami parce j'étais sûre que ce n'était pas contagieux, comme me l'avait dit le médecin que j'avais consulté. Le médecin m'a examinée, m'a fait lever et baisser la tête (à ce moment-là, je le pouvais. C'était la nuque qui me faisait mal). Il m'a examiné la gorge et m'a dit que j'avais une pharyngite. Il m'a prescrit un antibiotique et paracétamol pour soulager mes douleurs à la nuque et m'a dit de coucher avec une couverture électrique. Après le repas, je suis montée à ma chambre. J'ai mis ma couverture électrique dans mon lit et je me suis endormie. Je ne me souviens pas de ce qui s'est passé au cours des cinq jours suivants. Je n'ai qu'un vague souvenir de quelques moments. Quand mon mari est arrivé à environ 18 heures, j'étais en sueur. Il a dû me changer de vêtements. La seule chose dont je me souvienne de la nuit, c'est que mon mari a placé une chaise longue sur la terrasse de notre chambre pour me laisser dormir tranquille. C'est ce qu'il m'a appris plus tard.
Le matin du vendredi 22, j'ai remarqué que j'avais une petite éruption au poignet. Sous la peau, le sang me paraissait très foncé, comme noir. J'ai de nouveau appelé le médecin et lui ai dit que les antibiotiques m'avaient causé une allergie. Il m'a alors dit de cesser le traitement. Puis, ma fièvre a grimpé. J'ai rappelé le médecin (je ne pense pas que c'était le même que celui qui était venu me rendre visite la veille). Il n'a pas remarqué que j'avais la nuque raide. Par contre, il a noté que j'avais d'étranges petites taches sur la peau qu'il a attribuées au fait que j'étais j'étais très inquète. J'ai répondu à ses questions et il m'a dit de me rendre à l'hôpital, peu importe si mon était s'améliorait ou empirait. Plus tard, dans la soirée, je me traînais dans ma chambre, sans parler ni répondre à personne. On espérait que le nouveau traitement aux antibiotiques que le docteur m'avait prescrit allait agir. On a donc décidé d'attendre encore un peu.
Samedi le 23, je me suis réveillée à l'aube. Je ne pouvais pas rester couchée. Je me suis levée et j'ai continué à me traîner dans ma chambre. J'ai commencé à marmoner des choses incompréhensibles. Mon mari a alors décidé de m'amener à l'hôpital de Zarzuela. Le médecin qui m'a reçue ne comprenait pas ce que j'avais. On a appelé un interne qui a sopçonné une méningite. Comme on ne pouvait pas me faire une ponction lombaire, on m'a mise sous traitement antibiotique (ceftriaxone). Comme il n'y avait aucune chambre de libre, on m'a transportée en ambulance au sanatorium du Saint-Rosaire de Madrid. Au cours de la matinée, l'interne m'a fait une ponction lombaire. Les cultures ont confirmé une méningite. On m'a dit que c'était très grave. On ne savait pas si j'allais m'en sortir. Pendant trois jours, on m'a laissée à l'unité des soins intensifs, où je suis restée sous sédation. J'ai souvenir de m'être réveillée d'un sommeil très profond et que j'entendais plusieurs filles parler. J'ai compris que mon état s'était aggravé. On avait dû me ramener à l'hôpital. Plus tard, j'ai entendu une infirmière qui appréciait mon degré d'inconscience. Elle disait que ce n'était à elle de vérifier le fonctionnement de l'appareil auquel j'étais branchée.
Je suis revenue à ma chambre le 25. Mon mari m'y attendait. Je ne peux pas exprimer la joie que j'ai ressentie en le voyant. Il m'a expliqué que j'avais été très malade, que j'avais contracté une méningite (maladie peu fréquente que j'avais toujours associée à une maladie d'enfant). Il ne savait pas ce que c'était. On avait recensé deux ou trois cas dans une école des environs. Un garçon l'avait transmis à d'autres. Mais il ne savait pas ce qu'était cette maladie. Deux médecins sont arrivés pour m'examiner et voir si j'avais des séquelles. Je ne pouvais pas bouger l'œil droit. La méningite avait touché le nerf optique. Je voyais double comme si je louchais. Je n'entendais rien de l'oreille gauche. J'ai répondu aux questions des médecins dont la plus grande préoccupation était de savoir si j'avais des séquelles au cerveau. Chaque fois qu'il en rentrait un dans la salle, celui-ci me demandait mon nom, mon âge, etc.
On étiat très inquiet de l'état de mon œil. On a donc décidé de me couvrir l'œil gauche et de me faire faire des exercices de rotation de l'œil droit, de bas en haut, et de gauche à droite. L'interne ne savait pas au juste si c'était l'œil gauche qui était resté intact. Mais je suis quand même restée 10 jours avec le bon œil couvert toute la journée. Graduellement, on l'a laissé découvert plus longtemps. À la fin, on l'a couvert pendant que je faisais mes exercices. À la fin du mois, mon strabisme était presque imperceptible. À ma grande surprise, j'ai constaté que ma vue de l'œil droit était de beaucoup supérieure à celle que j'avais avant de contracter la méningite.
On ne s'est pas beaucoup occupé de mon trouble d'audition. Le spécialiste du sanatorium a dit qu'il ne savait pas ce que j'avais (avant de bavarder un peu avec moi, il m'a examiné l'oreille et a dit qu'il n'y avait rien d'anormal et que je n'avais pas de bouchon de cérumen). En plein 21e siècle, le spécialiste n'a pas même pas prêté attention à mon trouble d'audition. Je lui ai demandé pourquoi je percevais un bourdonnement. Le docteur m'a dit qu'il n'y avait de solution et que j'allais m'y habituer. Les résultats des examens audiologiques ont montré que je souffrais d'hypoacousie neurosensorielle à l'oreille gauche. Mon seuil auditif se situe entre 85 et 100 dB et mon seuil de discrimination, entre 0 et 90 dB.
Le mardi 5 mars, je suis rentrée au sanatorium et suis restée 10 jours. On m'a administré des antibiotiques. J'ai demandé à l'interne de permettre de rentrer à la maison. Compte tenu de ma faiblesse, un séjour au sanatorium n'allait pas m'améliorer. Il a accepté.
J'ai mis beaucoup de temps à me rétablir physiquement. Lorsque je me suis réveillée au sanatorium, j'ai décidé de cesser de fumer. La privation de nicotine et d'autres substances contenues dans les cigarettes que j'avais fumées pendant plus de 30 ans allait être dure. Au début, c'était comme si je flottais, je n'avais pas de force. Mais je savais que c'était une question de temps et j'ai suivi mon instinct. J'ai dû d'abord me remettre d'une infection fongique causée par l'administration de plus de 70 bouteilles d'antibiotiques. Pour éliminer le plus d'antibiotiques possible, j'ai mangé des fruits et des légumes pendant un mois. J'ai aussi pris un complexe vitaminique contenant du ginseng, ce qui m'a redonné un peu d'énergie. Je suis allée consulter un naturopathe qui m'a disputé parce que j'avais cessé de fumer. Ce naturopathe avait sans doute jugé que la privation de cigarettes allait ralentir mon rétablissement. Mais je ne l'ai pas écouté. Je n'ai pas recommencé à fumer. Il m'a prescrit un tas de comprimés et de préparations à prendre pendant quelques mois.
Le mois que j'ai quitté le sanatorium (qui a coïncidé avec la fête de Pâques), mon état s'était nettement amélioré. J'avais repris des forces. Pour moi, ce fut le début d'une longue convalescence. Peu importe si les histoires d'autres personnes m'ont aidée, peu importe les consultations que j'ai eues avec des professionnels du réseau de la santé. Mon rétablissement ne s'est pas fait pas graduellement. Il a eu des hauts et des bas. Ce dont j'ai souffert le plus au début de ma convalescence, c'est une perte de ma mémoire à court terme : appels téléphoniques que j'ai pu faire, conversation que j'ai pu avoir avec quelqu'un. Je n'étais pas sûre de les avoir eus.
J'ai aussi eu de la difficulté à me souvenir de certains mots. J'avais toujours parlé plutôt rapidement. Au début de mon rétablissement, je parlais plus lentement et cherchais beaucoup mes mots (je devais penser un moment à ce que j'allais dire).
Il m'arrivait aussi parfois de vouloir pleurer. J'étais devenue très sensible. Je souhaitais que personne ne puisse me voir. Je me sentais mieux par la suite. Je ne pense pas que je souffrais d'une dépression parce que je n'ai suivi aucun traitement pour cela. Ce trouble est disparu à mesure que je me suis rétablie.
Mon audition ne s'est pas améliorée. Les résultats de plusieurs tests ont montré que mon nerf auditif a été gravement touché, ce qui me cause parfois des vertiges. Mais il me semble que mon trouble se soit stabilisé, du moins les symptômes que je ressentais au début sont moins graves. J'essaie de ne pas faire de mouvements brusques. Si mes vertiges persistent, je m'évanouie et reste inconsciente pendant un certain temps. Le neurologue m'a dit que le nerf auditif pouvait se régénérer au bout de trois ans. J'espère que c'est vrai. Mes bordonnements d'oreilles n'ont pas cessé; ils se sont même aggravés. Quand je me trouve dans un endroit très bruyant, ils sont si intenses que je n'entends rien de l'oreille droite. Je préfère les espaces ouverts. Quand j'écoute la radio ou la télé à la maison, la plage des fréquences que je perçois est réduite.
Voilà une bien longue histoire. Je voulais vous raconter ce que j'ai éprouvé et ce que j'éprouve actuellement. Ma vie a changé. J'observe plus les gens et je suis devenue un peu plus sereine.
Merci pour tout, LOLY
Lolysegovia@hotmail.com