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Kevin Joel Warren

15 septembre 1980 - 20 juin 2002

 

Kevin est né le 15 septembre 1980.  Il est mon cadet et celui qui m'a le plus exaspérée.  J'ai écrit dans son éloge que même si j'aimais tous mes enfants de la même façon, lui et moi étions les plus proches car c'est lui qui avait le plus besoin de moi.
 
Son enfance s'est déroulée normalement.  Il était très bon au baseball et au hockey, était un très bon ailier gauche et il est allé dans une école secondaire spécialisée en arts. Kev était également un musicien doué.  Quand il jouait de la guitare en bas, je ne savais pas si c'était lui qui jouait ou un CD.  Nous l'appelions « le bruit ».  Il n'a jamais rien fait calmement.  C'est très calme ces jours-ci à la maison.
 
C'était un jeune homme très affectueux, jamais avare d'accolades ou de baisers.  Il me manque vraiment.
 
Je pourrais écrire beaucoup de choses sur son histoire. Je n'ai pas suffisamment d'espace pour tout.  Je ne pourrais jamais exprimer la personne qu'il était, les sentiments que nous avions pour lui, il n'y a pas assez de mots. Je vais vous raconter comment il est mort.
 
Le lundi 17 juin, Kevin a quitté le travail avec un mal de dos. Je l'ai amené à la clinique où le docteur de service lui a prescrit des analgésiques et des relaxants musculaires.  Le 19 juin 2002 quand je suis rentrée du travail, Kevin est en train de vomir. Il est environ 17 heures.
 
J'ai composé un numéro spécial pour obtenir de l'information médicale ici au Canada. L'infirmière au bout du fil a parlé avec Kevin et avec moi en même temps et m'a demandé de l'amener chez le docteur ou à la clinique.  Avec du recul, j'aurais dû demander à l'infirmière quel était son avis.  Je l'ai amené au service des urgences.
 
Nous avons attendu trois heures avant que le médecin ne nous reçoive. Kev avait 104 oF, il vomissait et avait mal au dos, mal à la tête et ne pouvait pas tolérer la lumière. Il m'a fait éteindre le plafonnier. Les infirmières lui ont donné TylenolMC. Sa température a baissé de quelques degrés. Il était si malade. Il ne souhaitait qu'une chose : rentrer à la maison. Il voulait boire du Gatorade bleu. Le médecin est alors arrivé. Il l'a ausculté à fond et nous a dit qu'il y avait environ six jeunes patients hospitalisés qui présentaient les mêmes symptômes, c'était probablement la grippe.

Il y avait environ 200 personnes dans la salle des urgences ce soir-là. On lui a fait une prise de sang. Son taux de globules blancs était légèrement élevé. Le médecin a évoqué la possibilité d'une appendicite mais a fini par penser qu'il s'agissait probablement d'une grippe intestinale. On lui a donné son congé et nous somme partis.

En chemin, nous nous sommes arrêtés au dépanneur pour acheter du Gatorade bleu. Aujourd'hui, quand je vois une boisson bleue, je frémis.  Kevin n'arrivait pas à ouvrir la bouteille. Il n'avait plus de force aux mains. Je ne le savais pas que c'était aussi un symptôme de la méningite.

Il est allé se coucher. J'ai fait de la soupe et un soda au gingembre. Il n'y a pas touché. Au cours de la nuit, il a été malade plusieurs fois. Je me levais pour lui apporter d'autre TylenolMC. Plus tard, son frère m'a dit qu'il devait ouvrir et lui verser sa boisson. Kevin avait les mains paralysées mais je ne le savais pas. Aaron se culpabilise de ne pas l'avoir conduit directement à l'hôpital et voilà. Nous avons tous des mauvais moments.
 
Quelques heures plus tard, vers 5 h 30, Kevin est venu à la porte de ma chambre.  Il était couvert de ce que je pourrais comparer à des vaisseaux sanguins brisés sous la peau. Ils étaient pourpres et semblaient se multiplier sous mes yeux. J'ai appelé le 911. On m'a mise en attente. J'ai raccroché et ai rappelé 3 fois. On a mis 15 minutes pour arriver chez moi. Mon mari attendait debout au coin en sous- vêtements.
 
Les ambulanciers se sont occupés de lui pendant un moment et lui ont administré une perfusion intraveineuse. Nous sommes mis en route vers l'hôpital et j'ai précédé l'ambulance.  Le chauffeur ne connaissait pas bien notre quartier et le trajet jusqu'à l'hôpital ne lui était pas familier.  On m'a dit que Kevin avait une réaction allergique.  On m'a laissé faire les cent pas dans le hall.  J'ai vu deux infirmières s'arrêter et ouvrir la porte où le personnel médical s'affairait sur Kevin.  Elles ont fait toutes les deux de grands yeux, une main sur la bouche.  Je savais que ce n'était pas très bon signe.
 
Un autre médecin est arrivé et m'a dit que je devrais parler à mon fils car on allait l'intuber. Une quinzaine de personnes s'occupaient de lui.  On m'a tendu un masque mais je l'ai rendu immédiatement. Je m'étais occupée de lui au cours de la nuit et cela m'importait peu de contracter une méningite.  Si mon enfant me voyait pour la dernière fois, je préférais qu'il voie mon visage et pas un masque.  À la une de tous les journaux locaux, on pouvait lire les derniers mots que j'ai dits à mon fils. « Je lui tenais la main et lui ai dit que maman était là, je t'aime mon chéri, soit fort, ton père arrive ».
 
On m'a conduite alors dans une autre pièce dans laquelle attendaient le papa de Kevin, sa femme, mon mari et Aaron, le frère de Kevin ainsi que son meilleur ami Darryn. On nous a fait passer dans la salle de recueillement.  Je savais alors que c'était fini.  Au moment où on l'a intubé, il a fait un arrêt cardiaque et on l'a déclaré mort après que l'équipe se soit occupée de lui pendant demi-heure.

Personne n'a été autorisé à entrer pour le voir et mon ex-mari est revenu à l'hôpital plus tard ce jour-là pour le voir, mais on lui a dit que ce n'était pas possible et que le dossier de Kevin était scellé par le médecin légiste.
 
Au salon funéraire, j'ai demandé un cercueil fermé. Si quelqu'un voulait le voir, c'était possible après les heures de visite. Je ne pouvais pas rester là toute la journée et voir mon fils se trouver là. Je n'ai jamais vu son corps car il a été incinéré et je savais que si je le voyais, je ne le laisserais pas partir.  Presque tout le monde lui a dit au revoir et je sais que j'ai fait la même chose.  Je suis contente de ne pas avoir ce dernier souvenir à garder. Je fais suffisamment de cauchemars pour l'instant.  Ma famille a trouvé qu'il ressemblait à un ange. Ses cheveux étaient bien coupés et il avait juste une petite barbiche. Il portait le meilleur costume de son beau-père. Son maillot de hockey recouvrait le cercueil ainsi que son drapeau du Canadien de Montréal.
 
Au moment où j'écris ce témoignage, il y a trois ans, un mois, deux semaines et un jour que Kevin nous a quittés.  Il est encore dans notre esprit jour et nuit.  Je ne sais pas très bien comment nous nous en sortirons. 

Voici mon adresse de courriel, si quelqu'un désire me joindre : dhalstead5@cogeco.ca