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Témoignage de Jennifer

J'envisage d'écrire mon histoire depuis longtemps déjà et j'ai toujours décidé que personne d'autre ne devait la connaître. Maintenant, j'ai envie de la divulguer et de la faire connaître à ceux que cela intéresse.

Je ne vivais plus chez mes parents depuis quelque temps quand j'ai été terrassée par une méningite. Je vivais alors avec deux autres personnes et travaillais à plein temps. J'ai commencé à avoir le nez qui coule et une toux sèche. J'ai pensé que j'étais en train d'attraper un rhume. Quand j'ai commencé à me sentir si mal. Je n'ai pas pu sortir avec mes amis, j'ai décidé de rester à la maison ce soir-là. Mon ami est venu et nous avons regardé un film jusqu'à trois heures du matin, puis je me suis endormie. Je suis allée travailler le jour suivant. Ne me sentant pas bien, je suis rentrée à la maison pour me reposer et je pense que je me suis arrêtée à quelques endroits. Je suis rentrée et me suis couchée le samedi soir et, vers les 15 heures le dimanche, mes compagnons de chambre ont appelé le 911. Ils étaient rentrés et avaient essayé de me réveiller. Ils ont constaté que j'avais les doigts et les lèvres qui devenaient bleus. Aussi ont-ils appelé immédiatement.

On m'a transportée d'urgence à l'hôpital le samedi après-midi et le médecin de la salle d'urgence n'avait aucune idée de ce que j'avais . Mon état s'est détérioré jusqu'au changement d'équipe suivant et le nouveau médecin a constaté l'apparition de points violets sur mon corps. Il a tout de suite compris que j'avais de graves problèmes.

Ce médecin a entrepris une batterie de tests alors que j'entrais dans le coma. Il a informé mes parents qu'il y avait un médicament expérimental quelque part en Ontario qui, selon lui, pourrait m'être utile. Le médecin a pris les devants et est entré en contact avec les personnes concernées pour que le médicament me soit envoyé par faveur spéciale, son usage n'étant pas légalisé au Canada. Je servirais de cobaye et plutôt que de risquer de tomber sur un placebo, la faveur spéciale me permettait d'obtenir le médicament à coup sûr. On l'a envoyé et mes parents ont eu une heure pour décider si ou non on me l'administrait.

Ma mère dit que c'était déchirant. Mon père était on ne peut plus effrayé. Ils ont décidé de signer les papiers et dès que cela fût fait, les infirmières en attente se précipitèrent dans ma chambre du service des soins intensifs et m'ont administré douze doses. On me dit que le liquide m'a fait enfler au point que l'on aurait dit que je pesais 200 livres alors que je n'en pesais que 120. En outre, mes yeux ont commencé à saigner et mes jambes étaient devenues noires, de même que quelques-uns des doigts de ma main gauche. Je suis restée dans le coma les quatre jours suivants avant de reprendre conscience.

On a découvert que j'avais repris connaissance parce que j'avais retiré le tube du respirateur de mon œsophage. Mes parents ont été informés à 3 h 30 le jeudi que j'étais éveillée et ils ont accouru pour me voir. Ils étaient ravis. De la famille est venue me voir du Québec et ils étaient là au tout début de la matinée. La première chose dont je me souviens est de voir l'un d'entre eux au bout de mon lit et de me demander «pourquoi sont-ils ici ?»

J'ai passé au total deux semaines au service des soins intensifs. On avait voulu s'assurer que je n'avais plus du tout d'infection et n'étais pas contagieuse. Je me souviens que deux de mes meilleurs amis sont parvenus à me voir bien que les visiteurs n'étaient pas autorisés au service des soins intensifs en dehors de la famille immédiate. J'ai commencé à me rendre compte pendant que j'étais au service de soins intensifs que ma main était noire tout comme mes jambes. Je regarde suffisamment d'émissions médicales pour savoir ce que signifie « amputation » et j'ai commencé à être bouleversée. Je ne m'étais pas encore rendue compte que j'avais failli y rester. Je pensais que j'allais m'en sortir sans séquelles.

Dès ma sortie du service des soins intensifs, on m'a placée je ne sais pour quelle raison dans une unité de soins aux brûlés. On avait prévu de m'opérer pour amputer mon petit doigt et la quasi-totalité de mon index ainsi que le majeur de ma main gauche. Après quoi, on m'a transférée à un service de chirurgie plastique où je devais attendre que mon pied soit amputé. Mes jambes étaient dans un très mauvais état qui empirait tout le temps, mes orteils et la majeure partie de mes pieds étaient noirs et recroquevillés, comme momifiés. Au-dessus de ma cheville, il y avait des tissus et des muscles soit noirs ou écorchés. On aurait dit que j'avais été gravement brûlée et la vue de mes propres jambes m'horrifiait. Je m'y suis habituée et commençais à aider à panser mes propres blessures de façon à réduire au minimum la douleur. On m'a couchée sur un lit gonflable en raison de l'intensité de la douleur. Je souffrais tout le temps et rendais la vie de mes infirmières infernale. Je pense qu'elles ont tiré à la courte paille pour savoir laquelle serait assez malchanceuse pour tomber sur ma chambre.

On me dit que l'on ne pourrait pas sauver mes pieds et que l'on devrait amputer au-dessous des genoux. Je ne m'y opposais pas, j'étais très passive à ce moment-là et ne désirais qu'une chose, que la douleur cesse. Cela m'était égal de perdre mes jambes pourvu que la douleur disparaisse. L'opération a été effectuée et j'avais toujours mal en raison de cette intervention, mais la douleur était moins violente. À partir de là, il ne me restait plus qu'à attendre que mes plaies cicatrisent et à obtenir mes prothèses. Je suis restée à l'hôpital deux mois en tout et en suis sortie un peu plus tôt que prévu pour que je puisse finir de guérir à la maison.

Cela m'a pris près de trois mois et j'étais enfin suffisamment guérie pour essayer d'apprendre à marcher. Entre le premier jour et le moment où on m'a laissée seule, trois mois de plus se sont écoulés et j'étais alors bien habituée à mes prothèses. Tout cela est arrivé quand j'avais 20 ans et a commencé en avril 2000. Avec l'épreuve intégrale et tout ce que j'ai perdu, la maladie n'a pris que huit mois de ma vie. J'ai obtenu un emploi, retrouvé ma voiture et maintenant je travaille à nouveau à plein temps. La boucle a été bouclée en moins d'un an et je ne pouvais pas me sentir mieux. J'avais un problème de culpabilité en me demandant d'autres étaient morts et pas moi.

Grâce à l'aide de nombreuses personnes qui comptent beaucoup pour moi et l'exceptionnel amour de toute ma famille, je ne pose plus de question.