Le fils de Heb
Je n'arriverai jamais à m'asseoir et à écrire une histoire de façon formelle. Ce n'est que l'été dernier que j'ai commencé à pleurer la mort de mon fils, survenue le 28 avril 1978. Je n'avais jamais entendu parlé de méningite. Il avait 15 mois. C'était un bébé costaud et en bonne santé.
Je pensais qu'il faisait ses dents ou avait la grippe. Durant toute la matinée, il avait été difficile et avait voulu dormir. En fin d'après-midi, il me semblait qu'il était trop léthargique et faible pour n'avoir que la grippe ou une percée de dents. Mon médecin était à l'extérieur de la ville. Je me suis rendue à la clinique de notre petit village de 900 habitants. Il n'y avait qu'un seul médecin. Je ne le connaissais pas. Il ne me connaissait pas.
Après l'avoir examiné, le médecin m'a demandé de lui administrer des suppositoires pour faire baisser sa fièvre. Je lui ai dit que mon fils devait avoir autre chose. Je lui ai demandé d'ordonner une prise de sang. « C'est impossible, m'a-t-il dit, les laboratoires sont fermés ». Mon fils a semblé dormir toute la nuit. Le lendemain matin, il était dans le coma. Je l'ai transporté à l'hôpital tôt dans l'avant-midi. Il n'a jamais repris conscience. Il est mort avant midi. On n'en a jamais parlé parce que mon mari aurait fait des menaces au médecin. On n'est jamais allé se recueillir sur sa tombe et on n'en a jamais parlé à mon fils de trois ans, qui s'est demandé ce qui était arrivé à son petit frère. On n'a jamais montré de photos. En 1997, nous nous sommes séparés, mon mari et moi. L'année suivante, je suis allée me recueillir sur la tombe de mon enfant et mon processus de guérison a commencé. Il a été long et douloureux. Cet été-là, j'ai commencé à consulter un psychologue et me suis jointe à un groupe de soutien parrainé par le salon funéraire de la localité. L'aide que j'ai eue n'a été que de courte durée, je dois dire.
Je n'ai jamais été capable (sur le plan émotif) de chercher à comprendre au juste ce qu'est cette maladie. Je voudrais tellement comprendre tout de suite ce qui est arrivé à mon petit garçon, il y a tant d'années. C'est comme si tout cela se passait maintenant. En faisant des recherches sur le Web, je suis tombée sur lien donnant accès au site de votre fondation. Je sais que le nombre de cas de méningites augmente sans cesse depuis les années 1970. C'est une bonne chose que les gens en connaissent plus sur cette maladie et qu'ils puissent reconnaître ses symptômes. J'ai même pensé vous faire parvenir le dossier médical de mon fils pour que vous puissiez l'examiner. J'ai eu un autre fils en 1980. Il a aujourd'hui 27 ans. Il ne me parle jamais de cette histoire. J'espère qu'il parviendra à trouver de l'aide pour faire son travail de deuil.
Sincèrement,
Heb Harvey