Evan, mon petit guerrier (Evan, my Young Warrior)
La première fois de la méningite que j'ai entendu parler de la méningite, c'était il y a cinq ans, lorsqu'on a failli perdre notre bébé de 14 mois. J'écris cette histoire pour m'aider à surmonter la douleur causée par mes souvenirs. Je n'arriverai jamais à trouver les mots pour dire à quel point je suis reconnaissante qu'Evan soit encore vivant. C'est un vrai miracle qu'on l'a sauvé.
C'était le 25 novembre 1998. Tout s'annonçait normal. En début de journée, on avait amené Evan au service de santé publique pour qu'on lui administre un vaccin ROR. Tout allait bien. On est allé souper chez mes beaux-parents parce qu'on avait une très bonne nouvelle à leur annoncer. Lorsqu'on est arrivé, mon fils de quatre ans s'est échappé et a dit: « Maman a un bébé dans le ventre ! » On a donc célébré l'heureux événement. Après le souper, Evan a vomi. Il paraissait fiévreux. Je me souviens que l'infirmière nous avait dit qu'il pouvait se passer sept jours avant que le vaccin ROR ne cause une légère fièvre ou une infection d'oreille. Evan est sujet aux infections d'oreille. On lui a donné un peu de TylenolMC et on a filé à la maison.
Evan s'est endormi à 20 heures. Je suis allée me coucher peu de temps après (après tout, j'étais enceinte de sept semaines). Comme je le fais toujours, j'ai mis le dispositif de surveillance de notre chambre en service pour entendre Evan, au cas où il se réveillerait. Il s'est en effet réveillé à 2 h 45 du matin après avoir poussé cinq cris stridents à vous glacer le sang. Je me suis précipitée. Il ne pleurait pas. Il semblait fiévreux. Je lui ai encore donné TylenolMC et j'ai lui fait chauffer une bouteille. Je me suis assise près de lui. Il a bu un peu. C'est alors que j'ai remarqué qu'il avait le regard dans le vide, comme s'il ne savait pas qui j'étais. Aucune maman n'aimerait voir son bébé la regarder comme cela. Son regard est gravé dans ma mémoire.
J'ai pris mon bébé et l'ai monté dans notre chambre. J'ai réveillé mon mari en lui demandant de le surveiller que j'allais m'habiller. Il fallait se rendre au service des urgences. Evan était étendu sur notre lit. Il ne remuait pas, ne se lamentait pas, n'essayait pas de descendre du lit. Il nous regardait, le regard vide. On a filé à l'hôpital.
On est arrivé au service des urgences à 3 h 55. Je suis tellement reconnaissante envers le personnel infirmier qui était en service, cette nuit-là. On ne m'a pas dit que mon bébé avait le rhume ou qu'il souffrait d'un mal d'oreille. On nous fait tout suite entrer et on a appelé le médecin. Au bout de quelques minutes, le docteur Datta, notre pédiatre en qui on a tellement confiance, est arrivé et a examiné Evan. Il m'a demandé d'appeler mon bébé pour qu'il me regarde. Evan n'a jamais tourné la tête. Un membre du personnel infirmier m'a alors dit que mon petit garçon était très malade. On lui a fait une prise de sang et l'a admis. Je me sentais tellement impuissante. Mon bébé était là et je ne pouvais rien faire pour lui. J'ai prié et demandé à Dieu de me donner de la force. J'étais désespérée. Tout ce que je pouvais faire, c'était de lui donner de l'amour. C'est bien tout ce que j'ai fait.
Le médecin est revenu trois heures plus tard. Il n'avait pas beaucoup dormi. Il a ordonné d'autres tests, examens radiologiques, analyses de sang. Evan était déjà sous perfusion intraveineuse. Le médecin est entré et m'a qu'on devait lui faire une ponction lombaire pour écarter la méningite. Il m'a fait signer une décharge. En un mot, cela signifie qu'on ne serait nullement responsable si la ponction causait une paralysie. Je savais que la situation était grave. Je ne m'attendais pas à ce qu'on m'apprenne que mon fils avait contracté une méningite. Mais c'était bien le cas.
Vers 11 heures, on m'a confirmé que mon fils avait contracté une méningite. J'ai téléphoné à mon mari, ma mère, mon père, ma belle-mère et mon beau-père. Tout à coup, tout le monde était là, dans la minuscule salle d'examen, à regarder ce magnifique bébé qui ne réagissait plus. Je ne pouvais pas le prendre dans mes bras parce qu'on venait de lui faire une ponction lombaire. On m'a interdit de l'embrasser. Je me suis contentée de lui caresser les cheveux en lui disant que je l'aimais. Je ne pouvais pas lui dire qu'il s'en sortirait parce que je n'en étais pas certaine.
On a transporté Evan en ambulance aérienne à l'hôpital universitaire de Saskatoon. Il n'y avait pas assez de place pour me faire monter à bord. Une amie, ma mère et ma belle-mère se sont occupées de garder mon fils de quatre ans. On l'avait laissé seul à la maison, ce dont j'ai horreur. Je ne sais même pas qui est venu le garder ce matin-là. Mon mari avait quitté la maison pour aller travailler. Ce doit être ma belle-mère qui l'a gardé. Mon beau-père nous a amenés, mon mari et moi, à Saskatoon. Assise à l'arrière de la voiture, je pleurais pendant que mon beau-père me disait que mon fils s'en sortirait, qu'il était entre bonnes mains. Il est technicien ambulancier. Je sais à quel point il devait avoir peur. Il savait que cela ne s'annonçait pas bien.
On est arrivé à l'hôpital universitaire quatre heures et demi après Evan. On nous a confirmé qu'Evan avait contracté une méningite à Haemophilus influenzae type B. À deux, quatre et six mois, on lui avait administré un vaccin contre ce type de méningite bactérienne, qui est plus grave que la méningite virale. Evan avait subi un examen tomodensitométrique. Les résultats montraient l'existence de trois poches de liquide dans son cerveau. Il avait des tubes partout. J'ai été très contente de voir qu'il dormait au moment de notre arrivée. Mais je me suis sentie si coupable de n'avoir pas pu l'accompagner dans l'ambulance aérienne. Un membre du personnel infirmier m'a dit que la pression à l'intérieur de son cerveau avait fait augmenter le périmètre de son crâne (on continuait de mesurer le degré de pression). On l'avait mis en isolement. Il y avait une salle au bout du corridor où je pouvais attendre. J'ai décidé de dormir sur une petite chaise placée à côté de son lit. Mon mari s'est loué une chambre d'hôte, l'autre côté de la rue. La troisième nuit, le personnel infirmier m'a convaincue d'aller me reposer dans la chambre des mamans. J'étais enceinte et avais besoin de sommeil. On m'a promis de m'appeler en cas de besoin.
Tout ce dont je me souviens de ces quatre ou cinq jours, c'est qu'Évan pleurait et que je le berçais. Je me souviens d'avoir eu mal aux genoux à force de le bercer. Mais j'ai continué quand même de le bercer et j'ai prié. J'ai demandé à Dieu de ne pas remplacer mon Evan par un autre bébé. Aucun enfant ne pouvait remplacer Evan. Je ne comprenais pas pourquoi Il aurait voulu m'enlever Evan et me donner un autre bébé. À la boutique de cadeaux de l'hôpital, mon mari et moi lui avons acheté un petit livre plastifié. Le cinquième jour, en regardant une page du livre, Evan a dit « ballon ». J'ai pleuré de joie. C'était notre signe d'espoir.
Mon mari est rentré à la maison le cinquième jour. Il devait retourner au travail et notre fils de quatre ans avait besoin de lui. Tous les jours, j'ai téléphoné à mon fils aîné. Je voulais le prendre dans mes bras. Il a dû avoir tellement peur. Je suis très reconnaissante envers ma famille en qui nous avons confiance pour en prendre soin et l'aimer. Un soir, au téléphone, mon fils aîné a récité le poème qu'il avait composé pour son petit frère. Le voici ; « Evan, je t'aime. Je suis triste que tu soies malade. J'ai bien hâte que tu rentres à la maison pour je puisse jouer avec toi. Et je serai gentil avec toi ». Moi aussi, j'avais hâte de rentrer à la maison et de retrouver ma famille. C'était si dur d'être séparée de mon mari et de mon fils. Trois heures de route nous séparaient. Ma famille est venue nous visiter une semaine plus tard. Le grand frère d'Evan a porté un masque et une blouse pour le voir. Ils se sont amusés ensemble. Evan se rétablissait. Il a continué d'avoir des hausses de température toutes les quelques heures. On lui donnait AdvilMC et TylenolMC en alternance, de même que trois autres médicaments pour traiter sa méningite.
Evan a reçu congé de l'hôpital treize jours après son admission au service des urgences. Les résultats de son dernier examen tomodensitométrique montraient qu'il n'y avait plus d'épanchement dans son cerveau. Il avait l'air fatigué mais il parlait et s'amusait. Le 8 décembre sera toujours un jour de reconnaissance et de gratitude, pour nous. C'est la date à laquelle on a ramené Evan à la maison. Notre vie a changé définitivement. On a maintenant trois fils extraordinaires. Chaque jour, on a la chance de les aimer, de les chérir, de les prendre dans nos bras, de leur chanter des chansons, de leur lire des histoires, de jouer avec eux et d'apprendre d'eux. Et comme ils nous enseignent le vrai sens de la vie !
Prenez soin de vos enfants. N'oubliez pas que la vie est un bien précieux et fragile. Profitez-en pleinement.
La maman d'Evan
Courriel : spitz_@canoemail.com