Diane Shelley Spicer
19 février 1988 ?13 mai 2005
Irishtown, N.-B.
Notre cauchemar a commencé le jour de la fête des Mères 2005. Notre fille s'est réveillée et a dit qu'elle ne se sentait pas bien. Elle avait travaillé la nuit précédente et était sortie par la suite avec sa meilleure amie et son petit ami Adam. J'ai supposé alors qu'elle était fatiguée et un peu enrhumée. Elle aimait qu'on la frictionne. Comme elle avait mal au dos et qu'elle souhaitait qu'on la frictionne, je m'exécutais. Elle a regardé la télé pendant un moment puis s'est recouchée. Comme elle m'avait dite qu'elle avait froid, je l'ai réchauffée avec des sacs à fèves. Elle a vomi et ne pouvais rien garder. Je lui ai donc apportté de l'eau car je ne voulais pas qu'elle se déshydrate trop. Au bout d'un moment, elle semblait aller un peu mieux et a téléphoné à quelques amis avec son téléphone cellulaire. Elle est retournée se coucher tout le reste de la journée. À 22 heures son père et moi sommes allés au lit et nous sommes passés dans sa chambre pour voir comment elle allait. Elle dit que ça allait et nous lui avons dit que tout irait mieux demain. Je lui ai demandé de laisser la porte ouverte et que si elle avait besoin de moi, elle pouvait m'appeller.
À minuit, j'ai entendu un grand bruit et j'ai sauté du lit pour la trouver sur le plancher à la porte de sa chambre. Elle m'a dit qu'elle s'était frappé la tête contre la porte et qu'elle avait mal. J'ai appelé son père qui est arrivé en courant. Le centre de son visage semblait être plus sombre que le reste et il m'a regardé et a dit qu'il fallait l'amener à l'hôpital. Mon mari est allé s'habiller pendant que j'accompagnais ma fille à la salle de bain. Elle était faible. Quand elle est sortie de la salle de bain, nous l'avons amenée dans sa chambre, l'avons assise sur son lit et habillée pour partir.
Mon mari l'a portée au camion et j'ai mis mes bras autour d'elle. Nous avons parlé tout le temps pendant le trajet. Mon mari s'est garé devant la porte d'urgence puis est allé chercher en courant un fauteuil roulant.
En quelques minutes, nous l'avons amenée à la salle de traumatologie. Les médecins sont venus nous trouver pour nous dire que notre enfant était malade. Bien sûr que nous avions un enfant malade, c'est pourquoi nous étions là mais nous n'avons jamais pensé que notre enfant était mourante. On lui a fait une ponction lombaire et une fois celle-ci terminée, elle nous a dit qu'elle n'avait jamais eu aussi mal. Nous lui avons alors dit qu'on allait trouver ce qui n'allait pas et qu'on la soignerait rapidement. Je lui ai dit qu'on allait la garder ici un jour ou deux mais qu'elle n'avait pas à se faire de souci et que nous ne la quittons pas. Nous sommes restés avec elle et avons discuté pendant qu'on la mettait sous perfusion. Elle était branchée à au moins dix machines différentes. Elle nous a parlé toute la nuit. Le lundi après-midi, on nous a dit qu'on allait la plonger dans le coma en raison de la perfusion intraveineuse. Elle ne s'est jamais réveillée.
Un si grand nombre de choses se sont produites à ce moment-là qu'il est difficile de se les rappeler toutes, les médecins voulaient savoir où elle était allée, avec qui elle était, etc. Ils voulaient savoir quels avaient été ses contacts au cours des dernières 48 heures, aussi j'ai appelé ses amis et leur ai demandé de venir à l'hôpital prendre des pilules ou se faire vacciner, je ne m'en souviens plus très bien. Nous sommes restés à ses côtés toute la journée en attendant une machine de dialyse qui n'est jamais arrivée. Le vendredi matin, on nous a dit qu'elle était en état de mort cérébrale et que cet après-midi toutes les machines allaient être débranchées. Diane laisse derrière elle deux frères plus âgés, son père et moi. Pour nous, la vie ne sera jamais plus la même.
Je ne me souviens pas que l'on m'ait dit ce qu'elle avait, aussi j'ai posé la question mais on m'a répondu que ce n'était pas important. J'ai insisté pour savoir. Quand on m'a appris qu'il s'agissait de la méningite et que c'était une maladie contagieuse, j'ai demandé à mon fils d'aller à l'école de ma fille et de le dire à son principal. Je ne voulais en aucun cas qu'une autre famille subisse une épreuve comme celle que nous avons subie.
Le principal a alors appelé les journaux et la télévision et en raison du tollé, 22 000 étudiants ont été immunisés au Nouveau-Brunswick en mai et juin 2005. Pourquoi ces vaccins n'ont-ils pas été administrés avant que ma fille ne perde la vie? Le gouvernement ne comprend-il pas combien la vie d'un enfant est précieuse?
Patricia Spicer
spicerpatricia@hotmail.com