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Darren Elmore

On était au printemps 1992 et je fréquentais la Ryerson University de Toronto. Je vivais seule dans un sous-sol à East York. Pour la première fois de ma vie, j'étais loin de ma famille, qui habitait dans les Maritimes. Je tirais le diable par la queue. Mon programme d'études était exigeant, j'avais des doutes sur mon choix de carrière. J'étais fauchée comme les blés et je n'avais aucune vie sociale. Vers le début de la période de relâche de mars, j'ai cru avoir attrapé la grippe.

Le premier samedi de cette période de relâche, j'ai passé la matinée à me faire des provisions et à me préparer à mener un long combat contre le virus. Je me suis assoupie dans un fauteuil du vivoir, complètement vidée. En me réveillant quatre heures plus tard, j'ai compris que j'avais quelque chose d'anormal.

Je présentais tous les symptômes classiques de la méningite : raideur de la nuque (que j'ai attribuée au fait que j'avais dormi dans un fauteuil), forte fièvre, étourdissements, nausées, frissons, etc. Mais je n'ai jamais pensé à la méningite. C'était une maladie d'enfant, après tout. Je croyais tout simplement avoir attrapé la pire grippe de ma vie.

Mes symptômes se sont aggravés aux cours des 20 heures qui ont suivi. J'ai commencé à avoir des vomissements incoercibles. Je ne pouvais pas rester debout plus de quelques secondes. J'avais tellement froid que je tremblais convulsivement sous trois couvertures. Ma température est devenue si élevée que j'ai commencé à avoir des hallucinations. Rapidement, je suis devenue incapable de savoir si je vivais la téalité ou un cauchemar.

Ma cousine m'a téléphoné et m'a supplié de me rendre à l'hôpital. Peu de temps après son appel, j'ai commencé à avoir des cloques rouges et à me demander si j'étais en train de mourir. Ma vision s'est embrouillée et c'est alors que je me suis décidée à demander de l'aide. J'ai rampée jusqu'au téléphone et j'ai appelé le 911. En l'espace de quelques minutes, j'ai été transportée à l'Hôpital général de l'Est de Toronto.

Hormis le fait que j'ai dû monter dans l'ambulance toute seule, on s'est occupé de moi très rapidement à mon arrivée à l'hôpital. Peut-être en raison de ma chute de tension, de mon éruption qui progressait rapidement ou le fait que j'étais plus ou moins consciente. Peu importe. J'ai été admise rapidement et on m'a tout de suite fait une ponction lombaire.

Plus tard, je me suis retrouvée dans une salle d'isolement. De temps en temps, une infirmière masquée entrait discrètement, prenait des prélèvements et disparaissait rapidement par la suite. J'avais vraiment peur pour ma vie. J'ai eu encore plus peur quand un médecin, en blouse stérile, est entré et que je l'ai entendu dire « méningite ». Je lui ai demandé si j'allais mourir. Il m'a répondu : « On fait tout ce qu'on peut pour toi », ce qui dans son langage voulait dire : « Une chose à la fois ».

Après une défaillance de courte durée, j'ai éprouvé une étrange sensation, comme si j'acceptais complètement ce qui se passait. Même si j'étais plus ou moins consciente et que l'agitation autour de moi est devenue folle, je me suis sentie en paix.

Plus tard, j'ai eu connaissance que des personnes, les sourcils froncés, me roulait à toute vitesse dans les corridors verts de l'hôpital. En entrant dans la salle de traumatologie, j'ai ressenti une immense gratitude envers ces gens que je ne connaissais pas, mais qui travaillaient d'arrache-pied pour me sauver la vie. J'étais étendue là, nue, sur une table métallique froide et des personnes inconnues tentaient de me sauver la vie.

Il m'est difficile d'expliquer ce qui s'est passé dans cette salle. Malgré toute l'agitation,
j'étais fascinée par ce tout ce qui se passait autour de moi. Je dirais même que cela m'a presque amusée. On m'a introduit un cathéter central dans le cou, sans m'administrer d'anesthésiques. J'ai eu conscience que quelqu'un me rentrait quelque chose profondément dans la peau. Je me suis évanouie. Quand j'ai repris conscience, j'étais couchée sur le côté, un morceau de tissu épais dans la bouche. Le médecin m'a expliqué que j'avais eu une crise. Je lui ai tout simplement répondu : « Du calme !»

La paix a été rompue quand mon respirateur s'est arrêté. Jusque là, j'avais eu un petit tube dans le nez. En l'espace de quelques minutes, on m'a intubée, sans sédatifs ni d'anesthésiques, encore une fois.

Mon état s'est détérioré. Il est devenu très difficile de faire entrer de l'air dans mes poumons et l'en faire sortir. Le médecin m'a dit qu'on allait m'intuber et me relier à une machine. Ce qu'il ne m'avait pas dit cependant, c'est que l'introduction de ce tube allait faire remonter le liquide qui remplissait mes poumons. Le temps qu'on aspire assez de liquide pour que je puisse avoir de l'air m'a paru une éternité. Je sais maintenant que les secondes semblent beaucoup plus longues quand on est en train de se noyer.

On a branché le respirateur et on m'a installé des perfusions intraveineuses. On a commencé à m'administrer des doses massives d'antibiotiques. Quand les médecins et le personnel infirmier ont jugé qu'ils avaient stabilisé mon état du mieux qu'ils le pouvaient, on m'a transportée au service des soins intensifs, dans lequel je suis restée un mois. En arrivant à ma chambre, j'étais si épuisée que j'ai dormi pendant deux jours.

Puis, je suis revenue à moi. Il semble que ma récupération ait été anormalement longue et difficile. Au bout de deux semaines, on a retiré mon respirateur et mes perfusions intraveineuses. J'avais perdu 50 livres, moi qui en pesais 185 au début. J'était tellement maigre que je n'arrivais pas à marcher, me tenir debout, m'asseoir, manger ou aller à la toilette toute seule. L'éruption m'avait laissé des cicatrices violettes partout sur le corps. J'avais le blanc des yeux cramoisi en raison d'une conjonctivite. Je ne me reconnaissais plus.

Lors de ma visite de suivi, le médecin m'a dit que j'étais un miracle sur le plan médical. J'avais survécu à un violent traumatisme et je ne souffrais pas de séquelles permanentes. J'en connais maintenant un peu plus sur la maladie et ses effets qu'au début. J'ai lu des histoires de personnes qui ont perdu la vie, des membres ou des êtres chers à cause de cette maladie. Je me sens presque gênée de partager mon histoire.

Mais je vous la raconte quand même. Après toutes les expériences et aventures que j'ai vécues, grâce au nouveau sens que j'ai donné à ma vie, je n'ai jamais pu partager mon histoire avec quelqu'un qui me comprenne vraiment. Je ressens un profond sentiment de solitude.

Au cours des mois qui ont suivi mon congé de l'hôpital, bon nombre de personnes m'ont dit que j'avais survécu pour une raison importante. Dieu m'avait donné une tâche à accomplir. Je ne suis pas sûre de savoir au juste ce qu'elle est. Je sais cependant que si quelqu'un peut se reconnaître en lisant ces lignes, mon expérience n'aura pas été complètement inutile.

Merci. Darren Elmore