Brittany Lee-Ann Crawford
23 mai 1989 - 3 décembre 2000
Le 1er décembre 2000, ma fille s'est levée le matin et s'est préparée pour aller à l'école. Elle se plaignait d'avoir mal à la gorge. Comme c'était un vendredi et qu'elle avait l'air fatigué, je lui demandé si elle voulait rester à la maison. Elle m'a répondu oui. Brittany était une enfant très mature pour ses 11 ans. Je suis mère célibataire. Je devais me rendre au travail. Elle m'a assuré qu'elle se débroullerait toute seule. Son frère et sa sœur devaient partir pour le collège. J'ai donc téléphoné à Brittany toutes les demi-heures pour avoir de ses nouvelles. À l'heure du midi, elle avait la voix vraiment enrouée. J'ai donc demandé à sa grande sœur de rester avec elle. Je suis arrivée à 18 h 30, ce soir-là. Brittany vomissait. J'ai fait de mon mieux pour la soulager. J'ai pris sa température. Le thermomètre indiquait 38,8.
À environ 19 heures, Stephanie m'a appelée de la salle de séjour. Elle venait de remarquer que Brittany avait une éruption. Brittany m'a dit qu'elle avait des démangeaisons. Comme des enfants du voisinage avaient contracté la varicelle, j'ai supposé que ma fille avait elle aussi contracté la varicelle. Je lui ai appliqué un mélange de poudre et d'eau. Elle a essayé d'avaler un peu de soupe au poulet mais ne l'a pas gardé. À 21 h 30, elle a demandé d'aller se coucher. Sa sœur l'a amenée dans la chambre qu'elles partagent toutes les deux, au sous-sol. Elle s'est mise au lit et s'est endormie.
Le lendemain matin, notre cauchemar a commencé. Stephanie m'a réveillée. Le timbre de sa voix m'a fait sauter de mon lit. Je me suis précipitée en bas. J'ai aperçue Brittany qui tremblait sur le canapé. Elle n'avait pas de fièvre. Stephanie l'avait entendue m'appeler du bas de l'escalier. Elle ne pouvait pas marcher. Elle avait à peine la force de m'appeler. Comme elle se plaignait d'avoir mal à la jambe droite, je lui ai examiné les jambes. J'ai noté que son éruption était presque disparue. Ses boutons étaient ressemblaient alors à des piqûres d'épingle. Elle avait l'œil hagard. On s'est rué vers l'hôpital, qui est à 15 minutes de distance. Le temps qu'on a mis pour y arriver m'a paru une éternité. Brittany a commencé à se plaindre de douleurs. Elle me suppliait de l'aider. Elle avait l'impression que quelqu'un lui avait tiré une balle dans la tête.
Il était autour de 8 heures quand on est arrivé au McMaster Hospital d'Hamilton. On l'a admise tout de suite. Elle avait du mal à rester éveillée pendant que l'infirmière s'occupait d'elle. Le médecin est arrivé et l'a examinée quelques minutes. Il a d'abord dit que son éruption ne ressemblait pas à celle qui caractérise la méningite. C'était la première fois que j'entendais parler de méningite. On n'avait recensé aucun cas de méningite dans la région. Le jour des funérailles, on nous appris qu'il y avait eu un autre cas de méningite, que l'enfant avait été admis au même hôpital que Brittany et qu'il en était sorti la veille de l'arrivée de Britt. On lui a fait des prises de sang. J'ai compris à ce moment-là qu'elle avait quelque chose de très grave. Brittany n'a même pas bronché. Peu de temps après, elle a eu une crise. Je ne savais pas au juste ce qu'elle avait. J'ai immédiatement appelé l'infirmière qui m'a dit qu'elle allait avertir le médecin. Quinze minutes plus tard, Brittany a eu une autre crise grave. J'ai essayé de la retenir et de l'empêcher d'arracher son intraveineuse. J'ai de nouveau appelé l'infirmière.
Britanny a eu une autre crise, qui a été si violente qu'elle m'a presque fait tomber sur le lit. Cette fois-là, je me suis précipitée vers le corridor où j'ai aperçu des infirmières qui bavardaient. J'ai crié au secours et j'ai demandé qu'on vienne voir ma fille. Il se passait quelque chose de très grave. Des infirmières et des médecins se sont précipités et nous ont amenées, ma fille et moi, dans la salle de traumatologie. Là, on s'est occupé d'elle. Chaque fois qu'elle a eu une crise, on lui administré une dose de ValiumMC. Elle en a eu une toutes les deux minutes. Quand on s'est aprerçu qu'on obtenait aucun résultat de cette façon, on a essayé DilantinMC. J'ai commencé à me poser des questions. Je suis restée là, à les regarder faire. On m'a demandé si quelqu'un m'accompagnait. J'ai répondu non. J'ai alors noté que Brittany s'étouffait avec sa langue. J'ai averti l'infirmière. On lui a mis un tube dans la gorge. On m'a dit d'appeler ma famille. On allait lui faire subir un examen tomodensitométrique.
Je suis sortie et j'ai téléphoné à ma fille, qui était restée à la maison. Je lui ai demandé de joindre mes parents qui étaient en Floride, et d'appeler ses frères et son oncle. Il était à peu près 13 heures quand Brittany est revenue, après son examen tomodensitométrique. J'attendais à l'extérieur de la salle. Le temps qu'ils ont mis à en sortir m'a paru une éternité.
On m'a demandé encore une fois si quelqu'un m'accompagnait. C'est alors qu'au fond de moi, j'ai compris que la situation était grave. On a appelé l'aumonier. Je leur ai demandé de m'informer avant que les frères et la sœur de Brittany n'arrivent. On m'a dit que les chances de survie de ma fille étaient minces; l'inflammation des méninges de son cerveau avait causé un abcès cérébral. Il fallait que je reste forte devant ses frères et sa sœur. Les médecins m'ont dit être assez sûrs que Britt avait contracté une méningite bactérienne. Ils allaient avoir les résultats d'analyses le lendemain matin. On a décidé de maintenir ses fonctions vitales. Ses frères et sa sœur étaient terrassés. Mais on est resté fort. On a téléphoné à des membres de la famille et à des amis et on s'est relayé à son chevet en espérant un miracle.
Le lendemain matin, on a dû rencontrer les responsables de la santé publique et les experts des maladies infectieuses. On a confirmé que Brittany avait contracté une méningite de type C et que son cerveau ne fonctionnait plus. Les médecins ont jugé qu'on devait la débrancher. On leur demandé s'il était possible d'attendre l'arrivée de ses grands-parents, ce qu'ils ont accepté. J'ai senti mon cœur se briser en entrant dans la salle et en voyant ma petite étendue là, une enfant qui avait tout pour elle, et à qui je n'avais pas consacré beaucoup de temps. Mes parents sont finalement arrivés le dimanche soir, vers 18 h 30. Cela m'a fait tellement mal de les voir pleurer. À 20 heures, tous les membres de ma famille étaient au chevet de Britt. J'ai demandé qu'on me laisse la tenir dans mes bras. Britanny est morte vers 20 h 30.
Sa mort a créé un vide dans mon cœur. Elle a aussi suscité beaucoup de questions en moi, qui sont restées sans réponse. Voici les principales. Pourquoi les responsables de la protection de la santé publique ne jugent-ils pas nécessaire d'alerter le public après le troisième cas de ménigite en 10 jours ? Pourquoi le médecin m'avait-il dit qu'aucun cas de méningite n'avait été déclaré alors qu'un enfant avait frôlé la mort et reçu son congé du même hôpital que ma fille, la veille de son admission ? Et la dernière. Comme les symptômes de la méningite s'apparentent à ceux du rhume ou de la grippe, pourquoi nos enfants ne sont-ils pas vaccinés contre cette maladie et pourquoi la plupart des médecins ne savent pas reconnaître les signes d'une maladie si foudroyante ?
Dans ma famille, on ressent un vide dans nos vies. J'espère qu'à mesure que je remettrai de la perte de ma plus jeune fille à cause de cette maladie, on fournira plus d'information au public, surtout aux enseignants pour qu'ils apprennent à reconnaître les symptômes de cette maladie. Les membres de ma famille, nos amis, et surtout l'école de Brittany et ses nombreux amis nous donnent la force de continuer à vivre. À l'école de Brittany, on a planté deux arbres : l'un en souvenir d'elle et l'autre en souvenir d'un camarade qui avait perdu son combat contre le cancer. On a aussi décidé de décerner chaque année le prix Brittany L. Crawford Award à un élève de 6e année.
Rose Crawford (maman de Brittany) enchanted38@hotmail.com