News

Patricia

Voici notre fille et soeur
8 avril 1977- 31 mai 1994

La plupart des gens pensent que cela ne leur arrivera jamais.
Mais il ne faut jamais dire jamais. C'est ce qu'on pense, nous aussi.

Notre cauchemar a commencé le lundi 30 mai 1994. Patricia, ne se sentait pas très bien. Elle était fiévreuse, se plaignait de douleurs musculaires et avait mal à la tête. Rien de particulier, pourrait-on dire. Mais comme on soupçonnait que quelque chose n'allait pas, on a appelé le médecin.

Après avoir pratiqué un examen complet, la femme médecin a affirmé que Patricia avait une grave grippe. Elle lui a demandé de prendre de l'aspirine, ce qui ne l'a pas soulagée. On a continué d'avoir le sentiment que quelque chose n'allait pas. Nous avons trois enfants et connaissons très bien les signes et symptômes de la grippe. Nous n'avions jamais vu des symptômes si graves et étions donc particulièrement inquiets.

C'est alors qu'on a remarqué l'apparition d'une petite tache bleue. Comme on ne savait pas ce que c'était, on a rappelé le médecin, qui est arrivée chez nous au bout de cinq minutes et qui a tout de suite appelé l'ambulance. À l'hôpital, on nous a dit que c'était très grave. Cela, on le savait déjà. Mais ce qu'on ne savait pas, c'est que Patricia était en danger de mort. On n'y avait jamais pensé, ni même jamais osé y penser. D'ailleurs, on ne pense pas que son enfant puisse mourir avant ses parents.

Après avoir examiné Patricia, les médecins nous ont dit qu'ils avaient la situation bien en main et qu'ils avaient commencé à lui administrer de bons médicaments. On pouvait rentrer tranquillement chez nous. Patricia nous a aussi dit qu'on pouvait retourner à la maison, car Agnes et Danielle étaient là, et on devait passer à la pharmacie pour acheter des médicaments pour tout le monde. Patricia avait l'air bien. On ne voyait rien de particulier chez elle; elle parlait normalement. Elle nous a demandé de lui apporter des pilules et un joli pyjama, car elle trouvait plutôt important d'être présentable. On est donc parti très confiants.

À quelques reprises, on a téléphoné à l'hôpital pour avoir des nouvelles de Patricia et chaque fois, on nous a dit qu'elle allait très bien. Mais, au beau milieu de la nuit, on a téléphonés pour nous demander de nous présenter au service des urgences parce que Patricia n'allait pas bien.

En arrivant à l'hôpital, on a appris que Patricia avait déjà subi plusieurs arrêts cardiaques. Elle en a eu plusieurs par la suite. Nous l'avons vue dans son lit et étions effrayés. On n'était pas sûr de ce qu'on voyait. Son corps était entièrement couvert d'ecchymoses. C'était terrible; elle était enflée de partout. Le médecin nous a dit que cela n'était pas nécessairement très grave. Mais on a su tout de suite que cela n'était pas bon signe. Patricia était reliée à un tas d'appareils et de tubes. Ce n'est pas normal de voir son enfant dans cet état. Cela vous laisse une empreinte sur la rétine qui ne vous quitte plus. Chaque matin, on se réveille avec cette image dans la tête, qui est encore là lorsqu'on se couche le soir.
Patricia est décédée au bout de 24 heures à la suite d'une méningite et d'une septicémie. On croit que les médecins ont vraiment tout essayé ce qu'ils pouvaient faire (bien que les avis soient partagés à ce sujet). Jamais on n'oubliera notre terrible sentiment d'impuissance. On a attendu, on a espéré alors qu'au fond, on savait qu'on ne pouvait rien faire pour elle. Patricia n'avait que 17 ans. Bien trop jeune pour mourir.

Voilà un récit sur une maladie dont on pense qu'elle peut être traitée de nos jours. Mais vous l'avez constaté, les médecins sont loin de tout maîtriser. Espérons qu'ils arrivent à traiter cette maladie très grave, qu'on ne souhaite à personne. Comme aucune autre maladie, évidemment.